une semaine de retrouvailles
Le mur de la east side gallery , côté Est, repeint après la chute du Mur.
Ce petit carnet de voyage n'a d'autre d'ambition que de faire partager une semaine au coeur de Berlin après douze années loin d'elle.
Les impressions sont par la force des choses partiales et conditionnées par le long séjour de neuf mois que j'ai passé dans la capitale allemande au sein des Forces Françaises stationnées à Berlin ( décembre 1992 - octobre 1993 )
Le cheminement que je propose et plutôt thématique et non au fil des jours; peut importe si la Currywurst est dégustée le lundi ou le samedi ...Toutes les images ont été prises en juillet 2007 , seules celles signalées par * proviennent du net, les textes sont rédigés personnellement. Eine angenehme Fahrt !!
C'est parti ! me voilà dans cette gare du Nord,
tremplin pour la Prusse ; douze heures de voyage pour douze ans de séparation !Tiens, depuis combien de temps n'ai-je pas pris un train traditionnel à compartiment? Le TGV est devenu la norme; toujours plus vite, toujours plus propre, toujours plus seul aussi ! Les conversations n'ont pas le temps de naître, la disposition des places en rangs d'oignons ne favorise pas l'échange: les possibilités y sont de un pour deux alors qu'en compartiment elles augmentent de un pour cinq! Le trajet en lui même avait donc un petit côté excitant et ce d'autant plus que les futurs compagnons de voyage auraient le même rêve en tête: Berlin! Et toujours cette même question qui vous vient sitôt monté dans le train de nuit, mêlant curiosité et légère appréhension: quels vont être les cinq autres compagnons d'un soir?
Sera-ce une vieille aigrie, perclue d'habitudes maniaques, imposant les heures d'ouverture et fermeture de la vitre coulissante au gré de ses chaleurs et offrant à ses jambes la place en face officiellement occupée? Ou bien une prof d'allemand ( célibataire, cela va s'en dire ) pensant avant tout à ses cours de la rentrée et dont l'objectif prioritaire est de trouver du matériel pédagogique authentique in situ à défaut d'un éphèbe prussien? Ou encore un couple avec enfant qu'il faudra soi même essayer de dompter pendant douze longues heures? ( l'enfant, pas le couple ! ) A moins que cinq militaires en permission ( perdition ? ) n'occupent ce salon ambulant et que l'alcool aura enhardi !
En fait je fus entouré de cinq femmes qui auraient pu, misère, ressembler à cela : !
Il s'agissait en fait cinq filles éprises de liberté, très sympathiques et dont Berlin était totalement inconnu "et que la faim en ces lieux attirait... " euh, là je m'égare ! La nuit fut courte à parler de cette capitale qui m'avait réservé bien des joies il y a douze ans, et qui , j'espère, m'épargnera quelques peines... Ne vous impatientez pas, vous les verrez sous peu ...
La gare de Zoo, longtemps gare de référence à Berlin-Ouest, détrônée par la nouvelle gare principale
C'est un calme bienfaisant qui m'acceuille le lendemain matin à la gare de Berlin Zoologischer Garten ( lieu même où l'histoire de Moi , Christiane F. droguée, prostituée ( wie Kinder vom Bahnhof Zoo ) se déroule.
Peu de voyageurs circulent, les rares dans une décontraction ordonnée, la rigeur côtoie et s'allie aux particularismes affirmés sans que cela ne gêne ni ne surprenne quiconque: l'homme d'affaire s'amuse devant le punk rétro affublé de piercing des pieds à la tête, la mamie bon teint sourit face à la lesbienne aux allures para-militaires affichées, l'anarchiste de Kreuzberg va stopper net devant le petit bonhomme du feu de circulation qui s'empourpre ( une Allemande rencontrée dans le train du retour m'expliquera que s'arrêter représentait pour elle une pause nécessaire, comme une suspension dans le temps et l'espace, idéal pour laisser son esprit divaguer avant de reprendre la croisière pédestre ! )
Le centre de Berlin-Ouest a bien changé en douze ans; le statut de capitale voté en 1991 à Bonn a fait naître sur le Kudamm' ( Kurfürstendamm - les Champs Elysées de Berlin, toutes proportions gardées ) par la force des choses de nombreux hôtels et banques. Il semble que le nouveau style architectural adopté pour la ville prussienne soit le verre légèrement teinté de bleu enchâssé d'armatures d'acier ce qui donne à l'ensemble une impression de légèreté et de transparence... à l'image de la nouvelle Allemagne?
Le Suiss Hôtel sur le Kudamm'; des angles adoucis et plus vifs
Pour qui ne connaîtrait pas Berlin, la Gedächtniskirche ( église du souvenir ) est un peu la star des cartes postales avant la chute du Mur en 1989, église dont le toit fut bombardé pendant la seconde guerre mondiale et conservé en l'état pour combattre l'oubli. On lui a offert par la suite une petite soeur beaucoup plus contemporaine, une sorte de quadrilataire d' aspect extérieur assez contestable et flanqué d'un carilllon aux allures de mini
L'ancienne église et nouveau carillon Nouvelle église et vieux passant !
Vu de l'intérieur, la nouvelle église offre au regard un tout autre spectacle: la ruche alvéolée laisse place à une mosaïque de carreaux bleus . Les bâtisseurs sont allés les chercher dans notre bonne ville de Chartres ! Le Christ leur en est reconnaisant !
Des cieux divins le ciel intégré à l'architecture
*
Restons à l'Ouest de Berlin où une exposition a lieu au Musée d'art contemporain dont le thème est la douleur Schmerzen Le bâtiment qui abrite le musée est une ancienne gare: la Hamburger Hauptbahnhof. www.hamburgerbahnhof.de/
Curieuse initiative destinée à faire réagir le spectateur et même à participer: après une kirielle de tableaux expressionnistes, on découvre une collection impressionnante de scalpels, scies à amputer, canules, bistouris, pinces en tout genre et autre forceps ! Pour les plus passionnés, la cabine de torture pour jeune vierge ( ! ! ) : un tonneau étroit percé de part en part par de longues pointes en fer dans lequel la jeune fille était enfermée, hurlant de douleur au contact de ces piques de torture. Viennent ensuite une chambre de souffrance ( bruit et luminosité insupportables ) , un jeu de rôle dont les liens assènent aux poignets de "lègères" décharges électriques! ! Le clou ( si j'ose dire ) du spectacle ce sont de nombreux bocaux remplis de formol dans lesquels le visiteur peut "admirer" à loisir les nombreux organes tuméfiés par le cancer ou autre maladie et provenant de l'hôpital de la charité de Berlin.
La gare des sévices vous accueille !
Evadons-nous à présent de cet univers quelque peu opressant pour observer avec curiosité certaines différences qui marquent nos deux cultures franco-allemandes: les Allemands ne sont pas très renommés pour être les chantres du bon goût vestimentaire; c'est ainsi que l'on peut voir sur le Kudamm' de petites vitrines présentant ce qui se ferait de mieux en matière de mode! imaginez la scène sur les Champs Elysées!!
Zaza Napoli n'est pas loin...
Empruntons le couloir d'une station de U-Bahn ( métro): on découvre que la minorité turque est
très bien intégrée à Berlin ( principalement dans le quartier alternatif de Kreuzberg ), loin d'être ghettoïsée à la périphérie comme en France, elle se fond au centre de la capitale et des
publicités en turc lui sont même destinée !
Petite parenthèse sur les moyens de transports: Berlin, outre les bus et les tramways à l'est de la ville, possède le U-Bahn ( métro) et le S-Bahn (
équivalent de notre R.E.R ) qui lui, circule également intra muros; les vélos peuvent également y être embarqués; symbole de l'attachement des Berlinois et plus largement des Allemands
au respect de l'environement et de l'appropriation d'une ville de manière plus directe.
www.u-bahn-berlin.de/
le U-Bahn et S-Bahn eurent longtemps nombre de leurs lignes amputées par le Mur . La réunification matérielle
passe aussi par celle des transports en commun.
Signe de modernité ou bien d'envahissement de l'espace par les médias, TOUS les wagons des U-Bahn sont dotés d'écrans plats
où circulent infos, publicités et météo.Quelques stations en possèdent de géants encastrés aux murs . Dans le métro parisien ce sont des poèmes d'inconnus qui font office d'écran
!
Ecran, dis-moi qui est le plus plat?
Poursuivons notre balade à l'Ouest pour découvrir à présent ce qu'il est advenu du célèbre Reichstag ( le bâtiment qui abrite le Parlement allemand,
le Bundestag) . Petit rappel: ce bâtiment est hautement symbolique d'une démocratie retrouvée après guerre, car il fut le témoin tragique d'une reprise en main des nazis sur l'Allemagne toute
entière: le Führer l'incendia dans la nuit du 27 au 28 février 1933 non sans avoir au préalable laissé à terre de faux tracs communistes: le prétexte pour interdire ce parti était alors tout
trouvé et la mise au p
as pouvait commencer. I
l fut ainsi privé de sa coupole pendant de longues années.
*
*
En 1995, soit 6 ans après la chute du Mur et alors que Berlin redevient la capitale, l'architecte Christo décide d'emballer le
Reichstag! Ayant retrouvé sa coupole de verre et d'acier , il est une des attractions majeures de la ville, une sorte de coeur transparent où bat la
démocratie!
*
C'est dans ce quartier du Reichstag ( toujours à l'ouest , rappelons-le) que les innovations architecturales ont le plus germé: grâce au nouveau
statut de capitale, Berlin se devait de recevoir la quasi totalité des ministères hébergés jusque là à Bonn. La chute du Mur a laissé des friches qui constituent une aubaine pour les architectes
qui ont dû repenser la capitale en essayant de respecter l'identité de chacune des parties Est et Ouest de la ville, tout en soulignant une certaine harmonie , reflet de la
réunification, mais sans non plus tourner le dos au passé glorieux de Berlin, celui des années vingt ! Un sacré défi !
Le Mur longeait, sans l'englober, le Reichstag et poursuivait son chemin le long de la fameuse Postdamer Platz, véritable coeur-poumon de la vie berlinoise des années vingt ! Depuis la construction du Mur en 1961, cet espace servit de zone tampon entre les
deux parties du Mur, miradors, barbelés, champ de mines servaient de " décor " au couloir de la mort.
Le no man's land de la Potsdamer Platz, ici en vert
Après la chute du Mur en 1989, les projets architecturaux se sont multipliés, au risque de voir naître sur cette place mythique de la belle époque des aberrations à la solde du seul commerce.
Avec un recul de douze ans , j'ai pu quitter Berlin et cette place avec les grues comme souvenir ( pas celui des volatiles ! ) et la retrouver totalement transformée; hautes tours façon
petit new-york, sony-center et bien sûr toutes les stations de U et S-Bahn nécessaires ! Tout près de la place se trouve le mémorial
dédié aux juifs massacrés de l'holocauste : blocs de béton où chacun peut se recueillir.Pour mémoire, 5 à 6 millions de juifs ont perri
sous la barbarie nazie. www.potsdamerplatz.de/ http://www.holocaust-mahnmal.de/
L'immeuble de la " sncf " allemande / Marlene Dietrich avec ...?
Le Sony-Center..un ange passe..
Rejoignons à présent les bords de la Spree, le fleuve qui serpente entre les deux Berlin. C'est là que les architectes ont donné toute la mesure de leur talent
en façonnant le verre, le béton et l'acier. La Chancellerie , totalement bombardée pendant la guerre, était à
rebâtir et il était totalement inenvisageable de reconstruire la nouvelle sur les ruines de l'ancienne, l'ombre de Hitler plane encore.
Cette Chancellerie donc , les Allemands la surnomme la " Waschmaschine" , la machine à laver, en raison de sa forme cubique avec sur ses flancs un trou
rappelant un tambour. C'est un bâtiment surprenant fait de béton blanc, soutenu par de très hautes colonnades où pousse du lierre, le haut de l'édifice ainsi que ses parties latérales sont
ajourés par des panneaux de verre fumé du plus bel effet, l'ensemble est propre, presque aseptisé, isolé du Reichstag auquel il aurait dû, faute de moyens, être attenant pour symboliser le lien
qui l'unit au peuple allemand. L'impression qui domine est celle d'une magnifique pierre précieuse isolée dans un écrin de verdure.
Un simple grillage sépare la Chancellerie de la rue... modestie à l'allemande
Tournons-nous à présent vers la toute nouvelle Hauptbahnhof ( gare principale ) terminée il y juste 2 ans: fierté des Berlinois car
elle est la gare la plus grande d'Europe. Encore une fois le verre et l'acier dominent:
Pour clore notre escapade à l'Ouest, voici la nouvelle Ambassade de France sur la Pariser Platz , juste à côté de la Porte de Brandebourg.
C'est promis, le périple vers l'Est de Berlin commence, de loin le plus riche et le plus intéressant ! Ne regardons pas trop en
arrière, un peu quand même...
La porte d'entrée à l'Est de Berlin si j'ose dire reste la fameuse Porte de Brandebourg, édifice éminament
symbolique devant lequel le Mur s'érigeait, qui a séparé pendant près de quarante années les Berlinois et sur lequel la foule en liesse a fêté l'ouverture des frontières le 9 novembre
1989. Elle se trouvait sur territoire de la RDA, son quadrige tourné vers la République Démocratique . C'est en pensant à ce portail verrouillé et au soutien
indéfectible des USA à Berlin que Kennedy prononça sa célèbre phrase " ich bin ein Berliner ! " , que certains esprits malins ont traduit : " je suis un beignet fourré à la confiture de
fraises ! " ( Der Berliner, c'est aussi ça ! ).
A la chute du Mur, Le violoncelliste Mstislav Rostropovitch donna devant la Porte un mini concert. Depuis, elle trône sur toutes les pièces de 50, 20 et 10 cents d'Euro. A
partir d'elle commence l'ancien Berlin-Est avec l'avenue Unter den Linden ( sous les tilleuls ) , les Champs Elysées de Berlin-Est, cette fois-ci! Pour l'anecdote, le bizutage dans les
Forces Françaises de Berlin constituait à demander à un conscrit pas trop éveillé d'aller chercher sur le champ la clef de la Porte de Brandebourg ainsi que deux mètres de ligne de mire!! Ah
, les joies de l'escadron! Courteline n'a rien inventé !
La porte en 1961 puis en juillet 2007
* *
Nous reviendrons sur le Mur et sur ce qu'il en reste un peu plus tard, mais attardons nous à présent sur ce qui fait la spécificité de Berlin-Est. Lors du partage de l'Allemagne et
de Berlin à la conférence de Potsdam après lguerre, les occupants soviétiques avaient hérité de la partie la plus riche de l'ancienne capitale du Reich: quasiment tous les monuments
historiques rappelant les riches heures du royaume de Prusse de Frédéric II se trouvaient dans la partie orientale de la ville: la cadrédrale ( Berliner
Dom ) , le Gendarmenmarkt, l' Université Umboldt ( fréquentée par les plus grands
philosophes ) ; etc. La guerre a énormément détruit, et les autorités de l'ex-RDA n'ont pas toujours fait dans la finesse et la mesure: pour preuve "das
Schloß "( célèbre château des Hohenzollern, symbole de la puissance de la Prusse ) , fortement endommagé pendant la Guerre, ne fut pas reconstruit par les dirigeants
est-allemands, mais bien rasé en 1950, car il portait en lui tous les signes d'une aristocratie qui n'avait pas de mise au pays des communistes ! D'immenses artères soviétisantes ont vu le
jour côté Est ( Karl Marx Allee, Stalin Allee ) , un avantage pour l'automobiliste d'aujourd'hui qui circule sans le moindre embouteillage et pour le confort du piéton qui peut jouir d'un calme
étonnant pour une capitale !
Le Berliner Dom et le Schloß en reconstruction -trompe-l'oeil
Curieusement, les autorités allemandes n'ont pas voulu faire du passé table complètement rase: la réunification a laissé un goût plus qu'amer dans la bouche de nombreux Allemands de l'Est;
même si la liberté de circuler, de se rassembler et de penser n'a pas de prix, il n'en reste pas moins que le capitalisme s'est invité sans ménagement , la loi de la jungle a souvent prévalu, la
morgue que montraient certains Allemands de l'Ouest envers leurs compatriotes orientaux n'a rien fait pour arranger les choses, les réformes ont été menées au pas de charge, et la
disparition d 'une certaine solidarité qui subsistait encore à l'Est avant la chute du Mur ont développé au fil des années une certaine " ostalgie" : une nostalgie de l'Est,
mise en lumière par le film Good Bye Lenin. Que reste-t-il de ce passé camarade? Très peu de choses, mais si l'on ouvre les
yeux, l'héritage n'est pas négligeable! : des statues, mais sans leur nom ! hypocrique pudeur qui fait qu'on laisse une trace du passé mais sans le nommer!! Karl Marx et Engels en sont la
preuve presque vivante! Les jeunes générations sauront-elles mettre un patronyme sur ces corps de bronze? Et que dire de cette statue de travailleur socialiste oeuvrant au bien de la
patrie?
Les stigmates du passé sont encore visibles, 18 ans après la Chute du Mur; il faut simplement être attentif: ce tuyau d'écoulement des eaux en est le témoin, une ancienne cantine populaire pour
nécessiteux ( leur resto du coeur ) jouxte un établissement alimentaire d'aujourd'hui !
Quant au Palais de la République, symbole de la toute puissance du régime de RDA, il était à la fois le siège du Parlement et un haut lieu de réception, de loisirs et spectacles, construit en
lieu et place de l'ancien Schloß. Actuellement , il est en cours de démontage ( et pas démolition, les Allemands y tiennent ; pour des raisons écologiques plus que politiques ) , l'amas de
ferraille qui s'amoncelle est impressionnant ! Le monstre d'acier et de verre n'est plus qu'un gigantesque Lego livré aux" démonteurs" !
C'est curieux, par cette métaphore, on semble croire que le gouvernement allemand s'y prend avec d'infinies précautions pour "démonter le passé socialiste en prenant garde de ne pas le
détruire; José Bovet a dû vendre sa méthode !!!
Le sépia ne fera rien à l'affaire! il s'agit d'une seule et même réalité !
Je me demande souvent en voyant une mamie ou un papi dans Berlin-Est ce qu'elle ou il doit penser en parcourant sa ville littéralement
métamorphosée en 17 années de travaux, en voyant flotter sur l' Alexanderplatz le drapeau Mc Donald's, en visitant son passé par le seul et unique biai du Musée de la RDA ( DDR Museum ) :
rendez-vous compte! son ancienne patrie qui tient dans un musée !
http://www.ddr-museum.de/
l'Est conserve encore de vieilles bâtisses
Envie d'un logement avec fenêtre sur cour?
Dirigeons-nous à présent vers LE monument fétiche de Berlin-Est , la tour de télévision ( Fernsehturm ) . Fierté du régime communiste et visible de quasiment l'ensemble de la partie
orientale de la capitale, elle dépasse en hauteur la Tour Eiffel , est dotée d'un classique restaurant panoramique. Les Allemands la surnomment la Spargel ( l'asperge ) , elle fait une
concurrence accrue à la Porte de Brandebourg en terme d'image! Elle est située au pied d'une place mytique de Berlin: l'Alexanderplatz ( en hommage au Tsar russe ) . C'est là qu'à lieu l'action
principale du roman d'Alexander Döblin Berlin, Alexanderplatz
A l'époque de la RDA, cette place était digne de la Place Rouge de Moscou: non pas par son passé glorieux, mais par
son univers glacial et désert; c'est là que les manifestations ( officielles ) du parti avaient lieu, et là également que l'ironie de l'histoire a voulu que les premières
contestations vissent le jour en plein hiver 1989 ! Aujourd'hui, elle est en complet remaniement on s'en doute; des commerces ont poussé, des cinémas aux multiples salles sont sortis de
terrre; bref, la vie a repris.
Une asperge, et au lit !
Il est grand temps de faire une petite pause et de vous présenter , enfin, les demoiselles du train de nuit dont je vous ai parlé au départ! Dans l'ordre et de gauche à droite
: Nadia, Cécile, Sandrine et Stéphanie
La petite " oubliée " de l'histoire, Christelle ( elle prenait la photo) aura droit à un traitement spécial houblonné !
Bon, il est temps que nous allions voir ce qui se passe du côté du Mur! Existe-t-il encore? quelques vestiges du moins??
En fait, oui ! Berlin a matérialisé l'emplacement du défunt Mur par de discrets pavés de couleur différente. Celui qui sait baisser les yeux cette fois-ci pourra s'imaginer et suivre
l'ancien tracé; pour les autres, ils passent l'ancienne frontière sans s'en aperçevoir, puis reviennent; c'est un peu le jeu de la marelle!
Avant de partir à la ceuillette des murs, un petit rappel de la "cicatrice" qui partageait berlin en 2 ; en fait, encerclait
Berlin-Ouest
Après la Guerre, les alliés se sont partagés en zones d'occupation, puis d'influence le territoire de l'Allemagne en quatre parties assez
inégales, on le voit, Berlin se trouvant lui-même en zone d'occupation soviétique, il firent de même de l'ancienne capitale du Reich, la cerise du gâteau interéssant tout le monde
!
Le découpage en zones annoncait déjà ce qui allait être l'affrontement en 2 blocs Est-Ouest.
*
Grâce à l'aide notamment du plan Marshall, l'Allemagne occidentale et Berlin-Ouest se reconstruisent rapidement et
prospèrent plus que la partie orientale. Les Allemands ont à l'époque totale liberté de circuler dans les différentes zones d'occupation. En 1948 L'URSS exige que Berlin tout entier fasse
partie de la RDA; après le refus des Alliés, les soviétiques décident du blocus de Berlin-Ouest: plus aucune denrée ne peut y entrer. Les Alliés répliquent par un Pont aérien:
ravitaillement de la partie occidentale de la ville par des avions qui attérissent toutes les 4 minutes. Les Soviétiques finissent par céder.
En 1949 la FRA et la RDA sont crées à quelques mois d'intervalle, concrétisant la dualité Est-Ouest avec deux économies et deux systèmes politiques différents. La prospérité de la partie Ouest du
pays conduit de plus en plus d'Allemands de l'Est à migrer vers l'Ouest. Le gouvernement de la RDA, conscient que cette hémorragie n'était plus jugulable, décide dans le plus grand secret de
l'opération " Muraille de Chine " : l'idée est , en plus d'un rideau de fer qui entourerait les frontières naturelles de la RDA, d'encercler Berlin-Ouest d'un Mur de béton hermétique afin que les
Allemands de l'Est ne puissent pas émigrer vers Berlin -Ouest et à fortiori vers la RFA et les nations occidentales. Oficiellement ce Mur est appelé par les autorités est-allemandes " Mur de
protection contre le fascisme " , servant plus à éviter selon elles l'intrusion sur le territoire de néo-nazis qu'à stopper les fuites vers l'Ouest! Le gouvernement de la RDA s'est
d'ailleurs hypocritement toujours défendu de vouloir construire un tel édifice: Walter Ulbricht ( secrétaire général du SED et chef de l'Etat ) disait d'ailleurs à l'époque: " Niemand hat
die Absicht eine Mauer zu errichten ! " ( personne n'a l'intention de construire un mur )
On sait ce qu'il en fut: dans la nuit du 12 au 13 août 1961, ordre est donné de scinder Berlin en deux , suivant le tracé de l'ancienne zone d'influence soviétique sans s'occuper du
sort de milliers de personnes.
De nombreuses familles furent en une nuit séparées et ce pour 40 ans !
* *
Le Mur encerclait tout Berlin-Ouest, laissant des points de passage ( ici points rouges). Le plus célèbre était Check Point Charlie.
Comment les Allemands de l'Ouest pouvaient-ils alors rejoindre la RFA de droit? En fait , des corridors ( auto-routiers grillagés et
aériens) avaient été prévus avec interdiction totale pour eux de s'arrêter pendant la traversée du territoire de la RDA. Le Mur fut perfectionné au fil des années et était constitué en fait d'une
double enceinte à l'intérieur de laquelle se trouvait un no man's land ( couloir de la mort ) plus ou moins large constitué de fils de fer barbelés, de chemins de ronde, de terrains minés,
de miradors, de clôtures électrifiées, le tout protégé par des systèmes de tirs automatiques. Les gardes-frontière avaient toute autorité pour abattre quiconque voulait franchir ce Mur,
l'actualité a récemment révélé les documents permettant ces ordres de tirs: hommes, femmes et enfants était concernés sans aucune distinction.
Ces vestiges sont encore visibles aujourd'hui au musée du Mur de la Bernauerstraße et au musée des Alliés.
Admirons à présent les restes de ce monument exploité commercialement dans toutes les boutiques de souvenirs de Berlin... le morceau que l'on vous vend a plus de chance de faire partie de la
carrière de pierre du coin que de l'histoire de l'Allemagne !
Toutes ces peintures datent d'après la chute du Mur...les
artistes s'en donnent à coeur joie ! La Bernauerstraße abrite la east-side gallery.
http://www.die-berliner-mauer.de/
Le pan de mur conservé en face du musée donne une idée plus exacte de l'édifice tel qu'il était côté Est.
Plaque commémorative
sur le sol
Pour ceux qui voudraient en savoir plus sur cette période où les forces américaines, françaises, britanniques et russes étaient présentes à Berlin ( de 1945 à 1994 ), allez à Zehlendorf
au musée des Alliés; vous pourrez contempler des réalités palpables de cette époque, comme :
un avion qui a participé au Pont aérien ou le train qui convoyait les militaires ( dont moi ! ) de Strasbourg à Berlin .
Quittons l'histoire pour faire un peu de magasinage comme disent les Québéquois: une des réussites architecturales en ce domaine est , je crois, la construction des Galleries Lafayette par l'architecte français Jean Nouvel. Le bâtiment ressemble un peu à un immense navire aux lignes adoucies, tout en ...verre et acier, bien sûr! L'intérieur n'en est pas moins étonnant: sur 4 étages, une sorte de puits de lumière vous accueille; le fond est constitué de la partie creuse d'un cône tandis que le " plafond" en est la partie pleine: tout en transparence, le visiteur peut ainsi admirer les différents étages. Cela fait un peu penser à l'intérieur de la coupole du Reichstag. http://www.lafayette-berlin.de
Une des nombreuses entrées de
Notre voyage touche à sa fin , laissons le dernier mot à sa Muse et Ange protecteur, Marlene Dietrich, native de la capitale et enterrée dans le cimetière de Schöneberg en 1992, quelques jours
après l'ouverture du festival de Cannes qui lui était dédié avant même qu'elle ne s'éteigne...
Ich hab’ noch einen Koffer in Berlin J'ai encore une valise à Berlin
Deswegen muss ich nächstens wieder hin. C'est pourquoi je me dois d'y retourner
Die Seligkeiten vergang’ner Zeiten La béatitude des temps passés
Sind alle noch in meinem kleinen Koffer drin. Est encore enfouie au fond de ma petite valise
Ich hab’ noch einen Koffer in Berlin J'ai encore une valise à Berlin
Der bleibt auch dort, und das hat seinen Sinn. Elle y reste et a sa raison d'être
Auf diese Weise lohnt sich die Reise, Tout cela vaut bien un voyage
Denn wenn ich Sehnsucht hab’ dann fahr’ ich wieder hin. Car quand la nostalgie s'empare de moi, j'y retrourne
http://www.marlene.com
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